Thursday, May 03, 2018

ÇA SERAIT QUOI AUJOURD'HUI, UN DOWNTOWN ATHLETIC CLUB CRÉATIF ?


Pour prolonger le précédent post - "pourquoi le sport en ville est-il aussi peu imaginatif ?" - et revenir sur la très faible créativité architecturale actuelle en matière de sport, je voulais juste rappeler qu'à une époque des sportifs bâtisseurs avaient de l'imagination et une vraie ambition urbaine.

L'un des plus beaux fleurons de cette créativité sportive-archiecturale fut le "Downtown Athletic Club" construit en 1930 à NewYork.

Un bâtiment exceptionnel, que l'on est pas obligé d'aimer extérieurement, mais qui eu le génie d'associer dans une tour un parcours de golf au 7° étage, une piscine au 12°, un jardin au 17° et une multitude de salle de boxe, de cours de cours de squash,des espaces de billards et nombreuses autres activités.

Les restaurants et les chambres d'hôtels réservés aux membres du club était installés dans les étages supérieurs.

Avec le Walldorf Astoria, le "Downtown Athletic Clubfut l'un des bâtiments qui a su rendre la hauteur désirable au début du XX° siècle, et qui permis donc à Manhattan d'inventer une nouvelle histoire urbaine à travers la hauteur et l'hyper-densité.

L'architecte Rem Koolhaas explique cela très bien dans son incontournable "Delirious New York" - plus, .
“Le Downtown Athletic Club, une tour de 160m de haut (38 étages) construite en 1931 à la pointe sud de Manhattan. 
De grands motifs abstraits de verre et de brique rendent sa façade impénétrable et presque impossible à distinguer des gratte-ciel conventionnels qui l’entourent.
Cette sérénité cache l’apothéose du gratte-ciel comme culture de la congestion. 
Le club représente la conquête achevée, étage par étage, du gratte-ciel par l’activité sociale, (…) il est un condensateur social constructiviste : une machine à engendrer et à intensifier les modes de rapports humains les plus désirables tels qu’envisagés par l’american way of life.
 
Les niveaux bas regroupent les activités sportives traditionnelles : courts de hand-ball et de squash, intercalés entre bains et vestiaires.
 
Au 7e étage terrain de golf couvert reproduisant la campagne anglaise. Extirpée dans un premier temps de la métropole, la nature ressuscite maintenant à l’intérieur du gratte-ciel, réduite à n’être plus qu’une des innombrable strate, un service technique qui apporte un peu de fraicheur dans la vie harassante des citoyens de la métropole. Le gratte-ciel a transformé la nature en super-nature. 
Au 8e étage le gymnase, au 9e ring de boxe et bar à huitres, au 10e médecine sportive, bronzage et barbier, au 11e vestiaires de la piscine du 12e. Les cinq autres niveaux sont consacrés aux repas, à la détente et aux contacts sociaux (restaurants, salons, fumoirs, bibliothèque, roof garden). 
Du 20e au dernier étage les chambres des membres du Club. A noter que l’ensemble est exclusivement masculin, les femmes ne pouvant accéder qu’au restaurant du 13e étage… 
L’ascension à l’intérieur du Downtown Athletic Club correspond à une progression dans la subtilité et l’originalité des programmes proposés par chacune des plates-formes. Dans une chorégraphie abstraite, les athlètes du bâtiment font la navette entre ses trente-huit « parcelles » en une séquence dont le fortuit dépend du seul garçon d’ascenseur - , chaque parcelle étant équipée d’un appareillage techno-psychique pour le remodelage des hommes. Une telle architecture est une manière aléatoire de « planifier » la vie elle-même. Dans la juxtaposition fantasmatique de ses activités, chacun des étages du club est un développement distinct de l’intrigue imprévisible qui exalte la soumission totale à l’instabilité définitive de la vie dans la métropole. 
Le Downtown Athletic Club apparaît être la manifestation définitive de cette métaphysique à la fois spirituelle et charnelle qui protège le mâle américain contre la corrosion de l’état adulte. Le club atteint le point où la notion d’une condition « optimale » transcende le domaine physique pour devenir cérébrale. 
C’est un incubateur pour adultes, un instrument qui permet à ses membres, trop impatients pour attendre les résultats de l’évolution, de parvenir à de nouveaux stades de maturité en se transformant en être nouveaux, cette fois ci selon leurs conceptions individuelles. 
Bastions de l’antinaturel, les gratte-ciels comme le club annoncent la ségrégation imminente de l’humanité en deux tribus : celle des Métropolitanites – littéralement self-made – qui ont su utiliser pleinement le potentiel de tout l’appareil de la modernité pour atteindre un niveau de perfection exceptionnel, et la seconde, composée seulement des restes de la race humaine traditionnelle. 
(...) Quand, dans sa publicité, le club souligne que « les vingt étages réservés aux appartements des membres dont du Downtown Athletic Club le foyer idéal pour les hommes libres de toute attache familiale et en mesure de profiter du dernier cri en matière de vie luxueuse », elle suggère ouvertement que, pour le véritable métropolitain, le célibat est le seul statut désirable. Le Downtown Athletic Club est une machine pour célibataires métropolitains que leur condition physique optimale a mis définitivement hors d’atteinte des mariées fertiles."
Le "Downtown Athletic Club" est la preuve qu'un bâtiment dédié aux sports peut avoir un vrai rôle d'innovateur urbain et architectural.

On attends toujours son équivalent en ce début de XXI° siècle à l'heure où les rapports entre le sport et la ville sont en train de se réinventer.

Et on en reparle le 8 juin lors de l'Atelier Transit City organisé autour de la question "Et si les révolutions du sport entrainaient une vraie mutation urbaine ?"